Il y a une vraie menace de dérèglementation subie par les professionnels de la restauration

A la tête de l’UMIH Paris Ile de France, première organisation en nombre d’adhérents parmi les restaurateurs et cafetiers indépendants, Frank Delvau nous explique son parcours, le rôle du syndicat dans les combats passés et à venir de la profession… et pourquoi il est si nécessaire de le rejoindre.

Service Compris : Bonjour Frank Delvau. Pour le profane, l’organisation des syndicats professionnels n’est pas très simple à comprendre. Pouvez-vous nous l’expliquez simplement ?

Frank Delvau, président de l’UMIH Paris Ile de France : Il faut principalement retenir que chaque métier, ou presque, a ses représentants syndicats, et parfois plusieurs organisations pour le représenter. L’UMIH, qui existe depuis 65 ans maintenant, est par exemple la principale organisation en nombre d’adhérents pour les cafetiers, hôteliers, gérants de discothèque et restaurateurs indépendants. Mais nous avons des confrères…

A côté de nous, il y a le SNRTC qui représente les chaînes dans la restauration, etc. Nous nous retrouvons sur certains dossiers et nous avons aussi pour habitude, entre organisations, d’échanger des postes dans les commissions syndicales, ce qui nous permet, par exemple, de faire entendre notre voix au Medef ou à la CPME (anciennement CGPME).

Service Compris : Concrètement, quelles sont vos activités en tant que représentant syndical ?

Frank Delvau : D’abord, je suis toujours restaurateur, et à la tête de trois établissements dans le Nord de la France. Mais je peux compter sur des collaborateurs de confiance pour les faire tourner et ainsi me consacrer à de multiples tâches syndicales.

Ainsi, je suis membre du Tribunal des Affaires Sociales. Cela m’a donné par exemple l’occasion de défendre récemment avec succès un confrère face à l’URSSAF qui lui réclamait des cotisations sociales sur la part excédentaire au plafond réglementaire des titres restaurants, en se basant pour son calcul sur le prix des menus dans son restaurant gastronomique !

Service Compris : En dehors de ces interventions, sur quoi portent vos efforts au syndicat ?

Frank Delvau : Le dossier chaud du moment, c’est la fin programmée du RSI. Nous avons l’oreille du gouvernement. Nous voulons faire passer l’idée qu’il ne saurait y avoir d’augmentation automatique des cotisations sociales des indépendants, lors d’une réintégration éventuelle dans le régime générale de la sécurité sociale. En revanche, elle pourrait être optionnelle, et en échange d’une hausse des prestations servies (santé et retraite).

Nous avons aussi une stratégie d’apport de services à nos adhérents, ce qui nous aide à les convaincre de l’intérêt de cotiser. Par exemple, nous avons négocié avec la SACEM pour qu’ils bénéficient d’une réduction de 30% sur les redevances dues en cas de diffusion de musique ou de retransmissions télévisées dans leurs établissements. Et avec le CNTR (Commission nationale du titre restaurant), nous sommes tombés d’accord pour que la commission sur l’encaissement des titres soit minorée pour nos membres.

Enfin, nous avons mis en place un service d’assistance juridique très performant, avec des spécialistes de nos métiers. Nous fournissons ainsi un fil d’actualité et de nombreux conseils à la demande.

Service Compris : La profession de restaurateur est-elle plus difficile qu’avant à exercer ?

Frank Delvau : Ce qui est certain, c’est que la menace d’une dérèglementation dans nos métiers plane. Elle est bien sûr due à la transformation digitale dans la relation avec nos clients. Nous avons vu apparaître des plateformes d’intermédiation pour les réservations, et maintenant pour les livraisons à domicile. Pour l’instant, nous avons réussi à nous opposer à ce que ces dernières puissent accepter les titres restaurants comme moyen de paiement mais demain, que se passera-t-il, si elles décident de créer des cuisines centrales où seront fabriqués les plats à livrer ?

En dehors de cette « uberisation », il y a aussi ce que j’appelle, sans méchanceté mais avec pertinence je pense, de la restauration de contrebande. Ce sont toutes ces personnes qui proposent de venir vous restaurer chez elles, via des sites internet encore une fois, moyennant finances. Personne ne contrôle leur respect de la chaîne du froid, l’hygiène dans leur cuisine, leur droit à vendre de l’alcool….

Nous demandons donc que les règles soient les mêmes pour tous. Et le Digital sera évidemment un sujet important de réflexion du syndicat dans les prochaines mois, dans le cadre des Assises de la Restauration que nous lançons ces jours-ci (*).

Service Compris : Rassurez-nous. Ce métier de restaurateur, que vous pratiquez depuis toujours, vous lui trouvez tout de même encore de l’attrait ?

Frank Delvau : Mais oui bien sûr. Il m’a permis de réussir socialement et de rencontrer des gens formidables, et cela continue aujourd’hui. J’ai d’autant plus envie de le défendre et de le revaloriser, notamment auprès des jeunes. Il est très difficile aujourd’hui de trouver des professionnels correctement éduqués et motivés. J’espère d’ailleurs beaucoup de la remise à plat de l’organisation de la formation professionnelle en France. Et nous serons là, avec le syndicat, pour peser de tout notre poids pour que les bonnes orientations soient prises.

(*) Le Congrès National de l’UMIH, à Reims du 20 au 23 novembre, sera l’occasion d’un point d’avancement sur les Assises de la Restauration, qui se sont données pour objectif de penser le métier dans une perspective à 5 ans. Cinq groupes de travail sont lancés : réglementation, social et formation, économie, numérique et environnement.

L’UMIH en chiffres

80 000 entreprises adhérentes, 800 000 salariés représentés

Quatre branches professionnelles : la FFH (Fédération Française de l’Hôtellerie), la FNRF (Fédération Nationale de la Restauration Française), la FNCBMN (Fédération Française des Cafés-Bars, Brasseries et Monde de la Nuit) et la FNS (Fédération Française des saisonniers)

102 bureaux départementaux (métropole et outre-mer)

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