Réforme de l’apprentissage : ce que veulent les restaurateurs

Le gouvernement doit dévoiler ces prochains jours les grandes lignes de sa grande réforme de l’apprentissage. Les premiers éléments connus ont déjà donné lieu à de nombreux commentaires, pour la plupart positifs du côté des employeurs. Mais pour leur part, les restaurateurs restent… sur leur faim.

Le gouvernement a fait de la réforme de l’apprentissage un des marqueurs de son quinquennat. Objectif de nos élus, relancer l’attractivité pour des études qui n’ont pas la côte auprès des jeunes et surtout de leurs parents. Mais aussi côté entreprises, en adaptant l’offre de formation à leurs besoins du moment, ce qui passerait par une participation accrue des branches professionnelles à la création des contenus pédagogiques mais aussi à la localisation des CFA (centres de formation des apprentis).

Les grandes lignes de la réforme sont donc déjà connues (voir encadré) et décrites dans un rapport rendu à la ministre Sylvie Pénicaud.

Au menu (attention, le texte n’est pas encore voté !) :

  • Le transfert aux branches professionnelles d’un certain nombre de prérogatives (ouvertures de CFA par exemple mais aussi détermination du nombre de places offertes en apprentissage).
  • Les CFA qui pourront développer sans limite administrative les formations correspondant aux besoins en compétences des entreprises.
  • Ils seront financés « au contrat », c’est-à-dire selon le nombre d’apprentis qu’ils accueillent.
  • Mise en place d’une contribution unique, appelée contribution d’alternance (0.85% ?), due par les entreprises, pour remplacer la fameuse taxe d’apprentissage. Son produit devrait avoisiner les 4 milliards d’euros, selon le ministère du Travail.
  • Tout apprenti âgé de 18 ans bénéficiera d’une aide de 500 euros pour passer son permis de conduire, sans conditions.
  • La durée du contrat d’apprentissage pourra rapidement et facilement être modulée pour tenir compte du niveau de qualification déjà atteint par le jeune
  • La réglementation des conditions de travail sera revue afin de faciliter l’intégration des jeunes apprentis dans l’entreprise
  • Le passage obligatoire et préalable devant les prud’hommes pour rompre le contrat d’apprentissage après 45 jours sera supprimé.
  • L’apprentissage sera désormais ouvert jusqu’à 30 ans, contre 26 actuellement
  • La grille de rémunération est revue à la hausse, compensée par des baisses de charges pour l’employeur. A partir de 26 ans, les apprentis ne pourront être payés en dessous du SMIC (25 à 78 % du SMIC actuellement)
  • Information des jeunes et des familles renforcée dès le collège

Les représentants de la restauration, par exemple l’UMIH, n’ont pas tardé à réagir, et à dénoncer le manque d’ambition du projet : histoire de mettre la pression sur le gouvernement pour qu’il aille encore plus loin que les préconisations du rapport ? « Ce rapport propose une réforme a minima de l’apprentissage alors que cette voie d’insertion professionnelle, trop souvent jugée par les parents, l’école et les personnes en charge de l’orientation comme une voie de garage, mérite une réforme en profondeur, autant sur son financement, sa gestion, et son image ». Et l’UMIH d’insister : « Les branches, seules légitimes à connaître les réels besoins des entreprises, doivent assumer le pilotage et la gestion financière de l’apprentissage en toute responsabilité ».

Il faut dire que, le syndicat le rappelle, le secteur de l’hôtellerie-restauration connait particulièrement bien le sujet puisqu’ils accueillent, en permanence, 35 000 apprentis et 13 500 contrats de professionnalisation. La branche mène aussi une politique active en matière d’emploi et de formation et a mis en place depuis 2013 un permis de former obligeant les maitres d’apprentissage à suivre une formation.

A peine l’UMIH accorde-t-elle un satisfecit au projet, en prenant acte de la proposition 17 relative à l’autorisation de travail jusqu’à minuit des apprentis mineurs dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, proposition qu’elle juge totalement anecdotique au regard des enjeux de la réforme pour la profession.

Faciliter la vie des apprentis, cela commence par le permis de conduire ?

Une des propositions du gouvernement porte sur le financement à hauteur de 500 euros et sans conditions, du passage du permis de conduire par les apprentis. La mesure n’est pas anecdotique. Les restaurants installés loin des centres-villes connaissent bien cette difficulté qu’ont leurs jeunes apprentis à se rendre sur leur lieu de travail ou à rentrer chez eux par la suite, lorsque l’offre de transports collectifs n’est pas à la hauteur.

Dans le même ordre d’idée, le GNI, qui représente les hôteliers et restaurateurs indépendants, invite la ministre à « assouplir les conditions d’accès à l’apprentissage pour les moins de 18 ans notamment sur des sujets comme les horaires de travail, l’utilisation des machines et du matériel ou encore la protection contre l’alcool ».

Au-delà des ajustements de dernière minute, le syndicat exprime surtout un vœu d’actualisation du code du travail et s’adresse directement aux familles des -futurs ? – apprentis : « Nous garantissons aux familles d’accueillir ces jeunes en « bons pères de familles », soucieux de leur santé et de leur épanouissement, afin de faire d’eux notre relève. Nos apprentis d’aujourd’hui sont nos salariés et nos chefs d’entreprise de demain, nos chefs de cuisine, nos réceptionnistes, nos hôteliers, nos restaurateurs. De grands noms de la profession ont commencé apprentis. Ils en sont fiers ».

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