Emploi et TVA réduite : La bataille de l’opinion au menu !

L’emploi est souvent au cœur des débats médiatiques concernant la restauration. Qu’il s’agisse de promettre de recruter en échange d’une baisse du taux de la TVA ou, aujourd’hui, de demander à pouvoir embaucher des migrants pour pallier le manque de main d’œuvre, les professionnels n’ont pas toujours été très habiles dans leur communication. L’incompréhension, voire la méfiance des clients, n’est pas loin…

Début juin, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances,  a fait courir un frisson sur l’échine des acteurs de la restauration, en évoquant une baisse des aides aux entreprises – pour améliorer les équilibres budgétaires – qui pourrait commencer par une disparition des taux réduits de TVA. Passons sur la logique de ce raisonnement, qui aurait pour conséquence probable une hausse des prix pour le consommateur et, au passage, via une TVA augmentée, une hausse des prélèvements fiscaux, deux vraies lignes rouges à ne pas franchir pour ce gouvernement.

Si le débat a fait rage, c’est surtout parce qu’au premier juillet 2009, quand la profession a arraché au gouvernement Sarkozy le taux réduit à 5,5% – une vieille promesse de Jacques Chirac qu’il avait fallu des années à faire accepter par Bruxelles -, c’était en échange de deux choses : une baisse des prix, visible pour les clients, et des recrutements supplémentaires pour faire baisser le taux de chômage.

Aucune des deux n’a vraiment été tenue. Côté prix, une étude menée par des économistes américains a conclu que la baisse de TVA avait profité pour 56% du total aux restaurateurs… et pour 10% seulement aux clients. Autant dire que l’Etat a indirectement donné de l’argent aux professionnels….

Côté emploi, le compte n’y est pas non plus puisque ceux des 40 000 emplois promis qui ont été créés, l’ont été à un coût jugé prohibitif par la Cour des Comptes.

Fin de la polémique ?

Néanmoins, fin juin et après avoir reçu des représentants des hôteliers et restaurateurs, Bruno Le Maire est revenu sur ses propos – en les « précisant »… Dans une interview accordée au Figaro, il assure que le gouvernement ne touchera pas à la TVA à taux réduit sur la restauration.

Fin de la polémique ? Concernant le taux réduit, certainement. Car même si l’opinion publique aura du mal à se départir de l’idée que le « cadeau » fait aux restaurateurs n’a pas été répercuté correctement sur l’addition, il reste qu’une hausse de la TVA aurait pour effet certain…  l’inverse, à savoir une hausse de la note. Et le gouvernement n’a certainement pas envie de batailler avec des restaurateurs qui gardent une influence importante dans le débat public – ah, les fameuses conversations au comptoir et en fin de déjeuner ! Toutes les conditions sont donc réunies pour un enterrement du sujet.

Image brouillée

Mais il y a peut-être plus ennuyeux, concernant cette fois l’image de la profession. A savoir que cet épisode de la TVA réduite a renforcé une idée déjà très répandue, selon laquelle elle ne savait pas tenir ses promesses, en particulier concernant l’addition et l’emploi. Il faut d’ailleurs rappeler qu’en 2009, la baisse de TVA s’inscrivait dans le cadre général d’un contrat d’avenir, portant sur la modernisation du secteur, et notamment de ses conditions de travail, preuve s’il en fallait une qu’il y avait là matière à progresser !

Ce rendez-vous avec l’opinion publique a donc été manqué. Les restaurateurs sont peut-être tentés de passer outre. Ils devraient au contraire s’en préoccuper. Car leurs difficultés à attirer des candidats pour pourvoir les nombreux postes disponibles restent grandes. Le turn-over aussi, qui s’élève à plus de 30% dans certaines régions. Ne faut-il pas y voir la conséquence d’une méfiance tenace des salariés potentiels, ou de leurs parents quand il s’agit d’orienter leurs enfants dans une filière professionnelle, à l’égard d’un secteur bien présent dans le lobbying mais nettement moins lorsqu’il s’agit d’améliorer les conditions de travail et les parcours professionnels de ses employés ?

Ce n’est certes pas la dernière initiative, début août, des syndicats de restaurateurs et d’hôteliers qui va apporter de la sérénité au débat. Ils ont expliqué au gouvernement que la profession avait besoin de main d’œuvre – 130 000 postes à pourvoir – et ne trouvait pas suffisamment de candidats motivés (voir paragraphe ci-dessus !).

Ils ont donc demandé à pouvoir embaucher des migrants. Mais dans les médias, de trop nombreux restaurateurs se sont répandus avec des arguments « nauséabonds » : « eux au moins acceptent de travailler beaucoup et pour pas cher » revenant le plus souvent. Pas certain que ceci améliore l’image de la profession !

Embaucher un migrant ? Oui sous conditions

Contrairement aux idées reçues, il est assez simple – au sens de possible – d’embaucher un étranger présent sur le territoire français. Tout dépend de son statut.

  • Si la personne a le statut de réfugié, elle peut travailler au même titre qu’un citoyen français.
  • Si elle est demandeur d’asile (personne en attente du statut de réfugié), l’embauche est également possible, à deux conditions : respecter un délai de 9 mois après le dépôt de la demande d’une part, et d’autre part proposer un poste dans un secteur manquant de main-d’œuvre (liste établie par les pouvoirs publics. L’hôtellerie-restauration y figure).

Concernant les autres catégories de migrants (économiques dans l’écrasante majorité des cas), l’absence de papiers (permis de séjour) leur interdit en théorie de travailler. En pratique, ils préfèrent travailler clandestinement. Les restaurateurs qui le souhaitent peuvent néanmoins appuyer leurs démarches de régularisation, en expliquant qu’ils ont un emploi qui les attend… Mais le résultat de la procédure reste très hasardeux.

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