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Livraison de repas : l’impact environnemental devient important

Alors que 3% des repas achetés dans les restaurants sont aujourd’hui livrés – et souvent par des livreurs motorisés -, il devient plus que jamais nécessaire de se préoccuper du bilan environnemental de ce nouveau phénomène de société. Les restaurateurs ne peuvent pas tout changer. Mais ils peuvent agir tout de même.

On le sait peu. Mais la pression des responsables de la santé publique et des collectivités territoriales sur les deux roues polluants est conséquente. D’ici 2030, au même titre que les voitures, toutes les versions thermiques – diesel et essence – seront ainsi bannies des centre villes.

Deux mille trente, c’est demain ou presque. Et pourtant on peine à imaginer ce que sera alors la livraison de repas dans la restauration, un phénomène qui s’est installé récemment soit en mode direct, soit en passant par des intermédiaires comme Deliveroo, Uber Eats, etc. L’année dernière, ce sont ainsi 160 millions de livraisons qui ont été commandées, en progression de 20% sur 2017.

Or le bilan environnemental d’un repas livré est fortement impacté par la partie transport. Et tout ne peut pas se faire à vélo, même électrifié. D’autant que bien souvent, pour donner satisfaction plus rapidement à leurs clients, les restaurants et dans une moindre mesure les plateformes n’hésitent pas à faire des expéditions « one-shot » (un seul repas livré au cours du voyage du coursier).

Faut-il pour autant abandonner ce sujet de la réflexion, et le sacrifier sur l’autel du business à défendre ? Certainement pas. Voici comment agir de suite :

Les points d’amélioration immédiats

  • Privilégiez les modes de transports doux: à pied, en vélo électrique, ou même en métro, l’impact carbone de la livraison est fortement réduit, parfois même mis à zéro. Ce choix est à réserver aux distances courtes, dans le quartier de l’établissement. Cela tombe bien, c’est généralement là que vous avez su séduire une clientèle fidélisée.
  • Pensez à des emballages biodégradables : n’oubliez pas de le faire savoir à vos clients pour qu’ils accomplissent jusqu’au bout le tri adéquat
  • Regroupez les commandes: ce point est essentiel pour les distances plus élevées, qui vont nécessiter l’utilisation d’un scooter. En attendant d’équiper vos coursiers de deux roues électriques rechargeables rapidement, il est déjà très positif de pouvoir livrer deux ou trois repas dans la même course. Pour cela, un bon logiciel de gestion des commandes à distance est indispensable, qui va vous permettre d’optimiser les plages comme les zones de livraisons. Voici trois éditeurs qui en proposent : Mapotempo, Antsroute et Biosolver.
  • Impliquez votre clientèle : les urbains plutôt argentés qui sont les principaux clients de ces services de livraison, sont sensibilisés aux questions environnementales. A petites doses, pourquoi ne pas les impliquer dans votre démarche d’amélioration en leur proposant par exemple des livraisons moins chères si elles sont plus écolos… et plus longues.

A plus long terme, des choix qui ne dépendent pas que de vous

Ces premières mesures sont importantes et plus que symboliques. Mais vous aurez raison en pensant qu’elles ne suffiront pas à résoudre le problème d’ensemble. C’est d’ailleurs un problème récurrent dès que l’on s’attaque aux questions environnementales : cette impression d’impuissance individuelle face à l’ampleur de la transformation collective à accomplir est connu sous le nom de légende du colibri (voir encadré).

Des pistes à explorer collectivement

Pour aller – beaucoup – plus loin, collectivement, il serait intéressant de s’inspirer de démarches testées avec succès… dans d’autres domaines

Par exemple, le recours à des hubs (plateformes centralisatrices) permet de regrouper les commandes prêtes en un seul endroit, avant de déclencher des livraisons « propres » et dans des camions qui en regroupent plusieurs d’un coup. Ainsi, à Amsterdam, ce sont uniquement des vélos-cargos qui circulent dans l’hyper centre pour livrer l’ensemble du petit colisage.

Cela peut-il fonctionner pour les repas, qui demandent à la fois de la rapidité et une logistique spécifique (maintien au chaud ou au froid, transport de bouteilles, etc.) ? C’est en tous cas la promesse des plateformes comme Deliveroo qui vont même jusqu’à permettre aux restaurateurs de préparer leurs commandes dans des espaces mutualisés aux portes de Paris. Lancé l’année dernière, la démarche du spécialiste anglais n’a jamais été « marquetée » sous l’angle environnemental mais elle pourrait aisément le devenir, pour peu que sa flotte de coursiers s’équipe d’engins électrifiés par exemple.

On peut tout de même s’émouvoir de la perspective de voir ces géants de l’intermédiation prendre une place prépondérante dans un processus aussi vital pour l’économie des restaurateurs. Pourquoi alors ne pas explorer d’autres pistes, sans intermédiaires justement. Une idée ? Les technologies de blockchain permettent la transmission rapide, sécurisée, et sans point de centralisation de l’information entre les acteurs de la chaîne en question. Et si justement demain, des offres émergeaient où les repas remplaceraient l’information et seraient transmis de coursiers en coursiers, sur de petites distances permettant l’utilisation de modes de transport doux ? Une idée à creuser pour les collectivités locales et les responsables du développement économique des territoires…

Le restaurateur et le colibri

C’est une légende africaine qu’aime raconter l’essayiste écologiste Pierre Rabhi :

« La forêt est en feu et les animaux regardent l’incendie, sans rien faire, car il est terrible. Soudain, l’éléphant aperçoit le colibri qui s’évertue à aller chercher quelques gouttes d’eau à la rivière et à les transporter dans son minuscule bec jusqu’au brasier. « Mais que fais-tu le colibri, ton dévouement ne sert à rien ? » lui demande l’éléphant. « Je fais ma part », lui répond le colibri….

Et vous, quel sera votre part ?

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